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Les goûts et les couleurs (1/2), ou le piège de la hiérarchisation morale.


Les périodes électorales sont propices aux interrogations sur les convictions. Avoir des convictions, c'est avoir des goûts, des préférences. C'est un peu comme en matière de gastronomie.

Par exemple, je peux préférer les Encornets à la Méditerranéenne (EM) au Minestrone aux Lentilles et Parmesan (MLP), ou l'inverse.

Un tel choix s'accompagne en général d'une énumération de critères, pour ou contre, faisant appel par exemple à des impératifs personnels : " Je suis végétalien et je ne mange pas d'encornets ", " Je suis allergique aux lentilles " ; à l'éducation ou encore à l'expérience personnelle : "Ma grand-mère italienne faisait un minestrone à tomber par terre" ; Quand mon grand-père sétois allait pêcher l'encornet ...".

L'ensemble de ces raisons constituent, du point de vue de la personne qui les énonce, un système cohérent et subjectif. La logique de ce système peut facilement échapper à la sagacité d'un observateur extérieur. Pour l'un, "Le Faisan au Fenouil (FF) c'est la panacée" ; pour l'autre, "Les Bulots à l'Hydromel (BH) ou le Jambon Lardons Miroton (JLM), c'est quand même bien meilleur" ... .

"C'est bien meilleur" veut dire en réalité "Je préfère". Cette distorsion sémantique d'identification (emploi inapproprié du verbe "être") renvoie à la projection. Ce mécanisme psychologique consiste à attribuer aux autres des préférences, des comportements, des attitudes ou des sentiments personnels que j'imagine ou souhaite voir présents chez eux.

Que chacun essaye de convaincre l'autre que son choix est celui du cœur et de la raison, c'est normal, c'est naturel, c'est darwinien même. Si mon environnement fait les mêmes choix que moi, alors mes intérêts seront mieux défendus et mes besoins plus faciles à satisfaire. Mon sentiment d'appartenance à un groupe est renforcé et mes chances de survie augmentent. Sinon, je devrai changer de conviction pour m'adapter et me conformer au groupe.

En voulant convaincre l'autre par des arguments rationnels (les miens) contre des croyances infondées (celles de l'autre), je postule que mes convictions sont d'une nature différente de celles de l'autre et j'opère une hiérarchisation morale contre-productive. Les critères sur lesquels je fonde mon jugement, beau/laid ; vrai/faux ; juste/injuste ; bien/mal, sont meilleurs que ceux de l'autre. Moi je sais et l'autre se trompe. Je me pense supérieur à lui par ma science, ma culture ou mon éducation, par la valeur de mes valeurs. La hiérarchisation morale est l'un des sujets les plus épineux que la philosophie ait eu à traiter. (Cf. Nietzsche, "Par-delà le bien et le mal").

Alors quoi ? Est-ce à dire que la réponse est dans le relativisme généralisé ou tout se vaut ? Et donc dans le nihilisme ou rien ne vaut ? ce qui revient au même ... C'est donc un piège que le débat démocratique tente de déjouer. Pour cela, il est utile de considérer que les raisons de l'autre, même si elles ne me plaisent pas, sont, en tant que construction personnelle, tout aussi compréhensibles que les miennes. Pour autant, je ne suis pas obligé d'y adhérer.

Voyons ce que le coaching nous en dit.

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